À quand remontent les premiers tatouages?

Les origines du tatouage remontent pour ainsi dire à la nuit des temps.
Des archéologues ont découvert des aiguilles en os de renne ainsi que des mortiers portant des traces de pigments. Ces vestiges, datant de 25.000 ans, laissent à penser que les premiers hommes se livraient déjà à l’ornement de leurs corps.Il n’y a toutefois aucun corps pour étayer cette hypothèse. Seuls ces outils rudimentaires évoquent cette possibilité.

Oetzi et ses 61 tatouages

En revanche il est établi avec certitude que le premier tatouage connu date de 5300 ans . Il fut trouvé sur le corps d’un chasseur, surnommé Oetzi, dans un glacier à la frontière Italo-autrichienne . Cet homme portait 61 tatouages formés de lignes parallèles le long de sa colonne vertébrale, ainsi que des croix et des traits sur ses articulations. Une étude de ces ossements révéla que ces zones portaient des signes d’arthrose. Il en fut déduit que ses tatouages avaient été réalisés à des fins médicinales .

 

 

La symbolique et l’utilisation du tatouage

Les motifs trouvés sur ce chasseur étaient très simples. A l’inverse, les guerriers Scythes (Ⅶème siècle avant J-C) arboraient des motifs complexes et colorés à l’image de leur art animalier. Leur corps étaient tatoués de nombreux ornements inspirés de leurs bestiaires fantastiques.

Reproduction d’un tatouage Scythe

Partout ailleurs en Europe, de nombreuses tribus portaient des tatouages afin d’effrayer les légionnaires Romains. Pour ces peuples, le tatouage était réservé aux guerriers et symbole de force et de courage.
Mais ce n’était pas la principale utilisation du tatouage . Dans ces temps reculés, les ornements corporels avaient des vertus plus médicinales qu’esthétiques.
Sous l’Égypte antique par exemple, les femmes étaient tatouées au niveau du bas ventre avec des motifs évoquant la fertilité. De nombreuses momies datant de 4000 ans avant J-C en ont témoigné .Pour d’autres peuples, à l’instar des Assyriens, les tatouages permettaient d’exprimer les croyances religieuses.

 

Honte, punition et infamie

Si pour les peuples mentionnés plus haut, le tatouage était considéré comme un art, d’autres cultures l’ont utilisé à des fins bien moins nobles .
Le marquage définitif de la peau fut utilisé par les Babyloniens comme un acte punitif. Pour les Thraces, c’était une marque de déshonneur .
Les Grecs quant à eux, tatouaient le front de leurs esclaves afin qu’ils soient immédiatement identifiables en cas de fuite . Il nommaient le tatouage  » Stigma » , ce qui signifiait à l’époque  » marque de serpent » , puis par détournement  » marque honteuse ». De cette étymologie, a découlé le mot « stigmate » encore utilisé dans le vocabulaire moderne .

Les Romains ont emprunté aux Grecs le tatouage punitif. Ils trouvaient la pratique barbare, et par conséquent particulièrement appropriée pour marquer l’infamie et la disgrâce. Ils en firent usage également pour identifier leurs esclaves : les initiales de leur propriétaires étaient tatouées entre leurs deux yeux en signe d’appartenance.
Un esclave ayant fui était invariablement marqué des lettres FHE signifiant  » Fugitivus Hic Est – Celui-ci est un fugitif ».
A l’époque Gréco-romaine, le tatouage était porté par les plus basses couches de la population, les esclaves, les criminels, les gladiateurs . Il était subi et non choisi .
Tous ces faits témoignent que la majeure partie des anciennes civilisations était tatouée et ce pour des raisons très différentes.

Tatouage et Christianisme

Ce fut l’empereur Constantin, en 331 après J-C qui interdit le tatouage facial. « Tu ne souilleras pas le visage que Dieu a créé à son image ». Il préconisa de tatouer les esclaves et les criminels sur les parties cachées de leur corps.
L’année 787 sonna le glas pour le tatouage . Le pape Adrien en interdit toute pratique, à ses yeux païenne, à l’exclusion des tatouages religieux. Aussi, nombreux furent les nouveaux convertis qui se firent tatouer des croix ou des poissons, comme signe d’adhésion au Christianisme.Il fallut attendre le Ⅺème siècle et les premières croisades pour que les tatouages redeviennent populaires.
En effet, l’Église, afin de motiver les volontaires à aller mourir dans des contrés inconnues, leur promit des funérailles chrétiennes à condition qu’ils arborent une croix tatouée sur leur bras. Dès lors, les pèlerins se mirent à collectionner les tatouages, réalisés dans les plus grandes cités sacrées, telles que Jérusalem, Bethléem, et Rome.

 

Le tatouage au Moyen-Âge

Malgré les interdits religieux, le tatouage ne disparut jamais tout à fait. A partir du ⅩⅣème siècle ils furent très prisés par les artisans qui les arboraient comme témoins de leurs corps de métier ou de leur compétences. Ainsi, les architectes se faisaient tatouer des compas, les bûcherons des haches, les charpentiers des scies, les maçons des truelles. Ces marquages corporels étaient réalisés à la fin de la période d’apprentissage.

Les pratiques du tatouage n’étaient pas réduites à L’Europe, elles se pratiquaient aux quatre coins du globe, toutes ethnies confondues. Des Inuits aux Berbères en passant par Bornéo, tous les peuples, toutes les ethnies arboraient des tattoos.

Le tatouage en Océanie

Les techniques et les outils utilisés pour encrer la peau étaient en revanche très différents suivant les époques et les cultures.
L’idée de départ était la même: de l’encre ou du pigment était placé sous la peau après l’avoir transpercée .La cicatrisation l’emprisonnait à jamais dans le derme .

Instrument traditionnel de tatouage

 

Si les tribus du grand Nord utilisaient une aiguille et un fil imprégné d’encre pour tracer les motifs, les Maoris quant à eux préféraient l’incision. La peau était coupée à l’aide d’une dent de requin pour former des motifs, et les plaies étaient ensuite recouvertes de pigments qui restaient captifs après la cicatrisation.
Pour leur part, les Polynésiens utilisaient des peignes taillés dans de l’ivoire d’animaux marins. Ces peignes étaient placés sur des manches, à la manière d’un râteau. Le tatoueur frappait sur l’instrument afin de le faire entrer le peigne dans la peau. Cette technique et ces motifs sont toujours utilisés de nos jours. Ces tatouages avaient des vertus purificatrices ( grâce à l’écoulement du sang)., ils marquaient aussi un rite de passage de l’enfance à l’âge adulte, un symbole de courage ou de beauté . Une femme non tatouée par exemple ne pouvait pas se marier.
Dans ces peuplades, le tatouage était onéreux . Le tatoueur se faisait rétribuer en nourriture, en armes ou en bijoux. Ainsi, ils étaient réservés aux plus hautes castes, aux personnages importants. Et témoignaient ainsi de leur puissance.

 

Le retour du tatouage en Europe

Habitant des Iles Marquises

Les tatouages les plus complexes étaient pratiqués dans les Îles Marquise, la Polynésie, la Nouvelle Zélande et Hawaï . Ce fut d’ailleurs de ces archipels que James Cook ré-introduisit le tatouage en Europe en 1771. Il en importa le nom tel que nous le connaissons aujourd’hui. Les Polynésiens le nommaient  » Tatau » ce qui signifiait  » taper » en référence à la technique utilisée, et fut prononcé  » tattoo ».

Ses marins revinrent en 1771 de cette expédition scientifique avec des tatouages sur leur corps, tel des souvenirs. De plus en plus de marins rapportèrent des motifs encrés dans leur peau tels en mémoire de leurs expéditions. La tradition naquit et commença à se propager!
Les marins se tatouèrent à bord, au gré des escales et de leur temps libre en mer. Leur peau racontait les pays visités, leurs peines de cœur, les emblèmes de leurs vaisseaux, les distances parcourues, les batailles remportées ou vaincues.

Docteur Ambroise Tardieu

La pratique s’intensifiait tant que les médecins de bord commencèrent à s’y intéresser .Le Docteur Hutin par exemple, un français, fit une étude sur les tatouages en 1853 et le Docteur Tardieu rédigea un ouvrage traitant des risques du tatouage en raison du manque d’hygiène à bord.
Le Docteur Grouzer estima qu’en 1894 5% des marins étaient tatoués. Son homologue, le Docteur Octave Guiol constata en 1896 que cette proportion avait doublé .. L’anthropologiste américain A.T Sinclair évalua en 1908 que 99% des marins au long cours étaient tatoués.

Les tatouages devinrent le symbole des voyages d’aventures et d’exotisme et commencèrent à devenir populaires.

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