Comment parler des tatoués ayant marqué l’histoire sans mentionner des pionnières du tattoo ? Maud Wagner, Lenora Platt, Djita Salomé, trois femmes ayant laissé leur empreinte à travers les âges. Méconnues du grand public, elles ont pourtant le mérite d’avoir été des avant-gardistes. Du divertissement à la profession, il est temps de découvrir le destin unique de ces trois femmes.

Maud Wagner

Loin d’être directement lié au monde du tatouage au début de sa carrière, Maud débuta en tant que contorsionniste dans un cirque. Cette femme, née en 1877 à Lyon County au Kansas, est vite amenée à traverser l’Amérique, passant de cirque en cirque jusqu’aux nombreuses Expositions Universelles. Mais surtout à celle de 1904 où sa vie change de direction avec pour simple rencontre un bel inconnu. Cet homme ? Il s’agit de Gus Wagner, “The Tattooed Globetrotter”.

Tombé sous le charme de Maud, il lui propose logiquement de le suivre dans son aventure de tatoueur itinérant. La contorsionniste accepta son offre avec pour seule condition, qu’il lui apprenne à tatouer. Ni une ni deux, Gus n’hésita pas une seconde. En plus de lui apprendre le métier, ses secrets, de partager son talent et sa passion, Maud devient vite sa muse et son corps s’emplit de tatouages. Étant douée naturellement, il fallu peu de temps pour la tatoueuse, à son tour, de se faire un nom.

Le Handpoke, sa marque de fabrique

Malgré la modernisation du tatouage, Maud reste une anomalie dans ce milieu. En plus d’être une femme, elle tatoua durant l’entièreté de sa carrière en Handpoke, et ce, malgré l’apparition des machines électriques. Il en va de même pour son mari ainsi que sa fille, Lotteva, reprenant rapidement la relève des parents. Après un mariage en 1907, Gus et Maud menèrent une vie de nomades. Traversant l’Amérique, les mariés se produisent en tant que tatoué et tatoueur avec les artistes de cirque pour principale clientèle, ce qui permit au tatouage de se démocratiser en dehors des ports.

Emblématique, Maud inspira un nombre incalculable de femmes. Son importance était telle qu’elle faisait partie du groupe “The American society for keeping woman in her proper sphere”, un groupe de femme lutant pour l’évolution de celles-ci dans la société. Elle décéda en 1961 à Lowton, dans l’Oklahoma.

Lenora Platt

De son nom complet Lenora Platt Blair, est une tatoueuse s’étant fait un nom seule. Contrairement à Maud qui restera à jamais la première tatoueuse au monde, Lenora était une auto-didacte. Elle naît en 1893 en Pennsylvanie. Mais à l’instar de sa collègue, elle débuta dans des cirques en tant que tatoueuse et personne tatouée à l’âge de 29 ans. Elle se fait un nom lors de la Première Guerre mondiale en tournant avec le “Sheeslay Shows”, un carnaval itinérant réputé qui s’installa dans la ville de Norfolk en Virginie. 

Une encre pour les marins

C’est dans la bourgade de Newport News que Lenora installe son salon. Le tatouage est un indispensable des marins. Nombreux en stationnement, la tatoueuse devient vite une icône du port. Aidée régulièrement par un de ses collègues du Sheelay Shows, Sir Edouard, le salon installé à Washington Avenue est loin d’être le seul. De nombreux tatoueurs du même collectif sont présents. Néanmoins, Lenora sort son épingle du jeu en étant la seule artiste femme et professionnelle dans les environs et devient une incontournable du tatouage à Norfolk.

Pour continuer dans sa lancée de femme indépendante dans un milieu dominé par les hommes, elle souhaite donner sa chance à d’autres femmes. Dans un objectif de rendre le monde du tatouage paritaire, elle cherche à recruter deux autres femmes pour travailler avec elle. Elle insiste même auprès de ses confrères pour qu’ils fassent de même. Cela poussera Edward J. Miller, un autre tatoueur de Norfolk à recruter une partenaire. Se faire tatouer par une femme devînt donc une mode ce qui, en plus de son expérience, contribua au succès de Lenora.

Après avoir connu 5 maris, Lenora, malheureuse en amour, tomba malade. Malgré cela, elle continua le tatouage jusqu’à sa retraite et décéda le 28 octobre 1960.

Djita Salomé

Tant de surnoms pour décrire Djita. La femme aux 100 000 000 piqûres, la polychromo vivante, la beauté bleue… Ces surnoms viennent principalement d’une série de cartes pour collectionneurs. Djita était l’idole de cette collection. Mais comme la plupart des personnes tatouées de l’époque, ses origines sont mystérieuses. Il était courant de s’inventer une légende. Néanmoins, elle affirmait être née égyptienne, tatouée de force par les peaux-rouges du Dakota. Ses tatouages étaient tous différents, avec de nombreuses couleurs d’où la nature de ses surnoms.

Mille et une couleurs

Très célèbre en France, elle effectuait de nombreuses tournées européennes. Notamment en 1900 et 1912, on pouvait retrouver Djita en Allemagne, au Castan’s Panopticum, un musée de Cires créé par les frères Castan. En 1912, on pouvait également la contempler en France au Luna Park de Paris où elle exhibait ses tatouages.

Sa notoriété était telle qu’elle dût engager un imprésario pour organiser ses tournées internationales. Elle était l’une des rares artistes à posséder son stand d’exposition dans les foires et les carnavals. Sa popularité l’a conduite à traverser le monde, passant par Berlin, Paris, St Petersbourg, Londres et New-York.

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